Actuellement en résidence : JC POLIEN

Les expositions : de janvier à avril 2012 : Le CAMSP à Foix avec une œuvre de Suzanne Husky, les écoles maternelles de Tarascon sur Ariège avec Elodie Lefebvre, de Pamiers Gabriel Fauré avec Jean-Luc Favero, de Saint Paul de Jarrat avec Jean-Luc Favero,l’école maternelle et primaire de Le Mas d’Azil avec Sylvain Auburgan et la cité scolaire de Mirepoix (SEGPA) avec Sonia Khenfech.

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Julien Blaine – Conférence du 26/10/2007 à Tarascon

Écrit le 27/10/2007 - Classé dans Le mot du résident - Commentaires fermés

En ce qui me concerne, je n’ai jamais su si j’allais commencer un travail, si j’allais attaquer un nouveau chantier, ce que je venais de débuter serait-il vraiment un travail ou un brouillon éphémère ?
Pour cette recherche, je m’y suis mis sérieusement de 1992 à 1997, il y a tout juste dix ans avec la publication d’un premier volume de ce corpus :
du sorcier de V. au magicien de M.
qui parut le jour de l’an 1998.
Cela commençait par un feuilleton publié dans
Art-Présence, du n°9 au N°22.
Quelques constatations émises là me servent encore dans le travail tel que je
l’accomplis aujourd’hui :

. une femme au Kenya sortait de la morgue après y être resté défunte 4 jours
(Daily Nation du 22 décembre 1993)

. le conseil des sages chez les Bamileke au
Cameroun, ce sont 9 personnes et ce sont les neuf orifices de l’homme :
les narines, le pouvoir ;
les oreilles, la prévoyance ;
les yeux, la sécurité ;
la bouche, la relation ;
le sexe, le rendement ;
l’anus, le service.

. toutes les significations du verbe relever :
remettre debout ce qui était tombé
reconstruire ce qui était en ruine
remettre à flot ce qui était échoué
retrousser ce qui masquait les formes
redresser ce qui était incliné
rétablir ce qui avait failli
rendre digne ce qui était méprisé
remplacer ce qui était parti
remarquer ce qui était l’erreur

révoquer ce qui était néfaste
délier ce qui était promis
donner du goût à ce qui était fade
guérir ce qui était malade
faire valoir ce qui n’était pas remarqué
déterminer la position d’un objet
déterminer la position d’un monument
déterminer la position d’une œuvre
déterminer la position d’un corps.

. quelques pictogrammes du codice Boturini et notamment le célèbre lapin
Toltèque.
(voir pages 69 & 70)
relevés dans mon bloc-note la veille d’un tremblement de terre de 6,8 sur
l’échelle de Richter
(La Jornada du 25 octobre 1993)
À partir de cette remarque proclamée à mes interlocuteurs de la parenté – à
l’audition – entre le Golem de Pragues, créature d’argile qui s’anime pour
protéger les juifs du ghetto et Koyem (ce qui signifie tête de boue) poupée
votive kachina des indiens Hopi, j’avais émis l’hypothèse que le Golem-Koyem
pouvait être la terre toute entière…
Mais où est sa langue qui la fait tant remuer chaque fois que je fais part de
mes suppositions ?

Je parlais aussi des rites autour de Tanit et des mythes apolloniens et
solaires accompagnés de quelques remarques sur le cosmos.
Et c’est là (voir page 141) que se déclencha ce qui me passionne encore
aujourd’hui
L’Aïn de l’hébreu et l’alpha du grec sont une seule et même lettre, simplement
elle change de sens :
? & ?
elle change de sens.
et dans cette lettre à peine modifiée, on va retrouver tous les pictogrammes,
idéogrammes et dessins de la plupart des spiritualités, qu’elles soient
naturelles ou monothéistes, soit une feuille stylisée, avec nervure, iris, arête
ou tube :
le poisson,
l’œil,
la feuille,
la plume.

Je pouvais enfin me mettre sérieusement au travail, et ce fut la publication
d’un second catalogue :
La cinquième feuille (décembre 2000)
Car, entre temps, je m’étais aperçu qu’il y avait une cinquième figure
spirituelle représentée par cette feuille, cet ovale fendu : la vulve.

Après un laborieux travail sur les feuilles des arbres du lac Stanberger en
Bavière je me remettais dans l’axe :
le tube
la nervure
l’arête
l’iris
la fente

charnière &
articulation : a x e
la question n’est pas
qu’est-ce que je veux dire ?
mais
qu’est-ce qu’ils veulent me dire ?

Qu’est-ce qu’ils veulent me dire ?

J’allais voir partout où je le pouvais des mains négatives et positives, puis
les innombrables représentations symboliques, allégoriques ou rituelles des
mains à travers les millénaire.

Les abris et cavernes des grottes ornées, célèbres ou secrètes, en compagnie de
Christian Archambeau, une sorte d’explorateur de grottes préhistoriques.

Je lus beaucoup (Henri Delporte, André Leroi-Gourhan, Alain Roussot, Brigitte et
Gilles Deluc, Jean-Pierre Duhart, Denis Vialou, Jean-Guillaume Lalanne, Joëlle
Robert-Lamblin, Yanik Le Guillou et surtout Jean Clottes) alors, je compris que
cette cinquième feuille était surtout manifeste dans les périodes
aurignaciennes.
J’ai relevé, photographié la plupart des vulves visibles et visitables même de
manière confidentielles (j’ai failli dire intimes !), j’ai même retrouvé celle
du musée de préhistoire de Périgueux, grâce au registre du musée (article 4707)
: la pierre avait été posée dans la cour sur la surface comportant la vulve et
l’autre face était vierge !
(voir pages 144 & 145)

J’ai été passionné par celle retrouvée dans les décombres de l’abri du poisson.
La vulve à terre, le poisson au plafond et l’empreinte de la main de l’enfant
assez proche du bécard bordé par les trous de la barre à mine du voleur
bredouille…

Au verso de la vulve de la Ferrassie, j’ai vérifié ce que le Docteur Lalanne et
le Chamoine Bouyssonie appelaient « des reliefs et des cavités » : étaient, en
fait, selon moi, l’abouche (en un seul mot) à l’extérieur du corps, le trou du
cul correctement creusé à sa place et plus simplement nommé !

j’ai aussi mis côte à côte deux des femmes de Laussel, celle qui tient la corne
(avec sans doute un calendrier lunaire gravé) et celle qui tient le cercle fendu
(la vulve, je crois).
La symbolique me parait simple, évidente.

Je suis allé à la rencontre de cultures naturelles loin des massacres de
l’inquisition papale d’Innocent III, chez les Piaroas au confluent de l’Amazone
et de l’Orénoque grâce à mon ami Jean Monod et chez les Bamileke au nord-est du
Cameroun. Et ailleurs encore, dans des îles lointaines et des vallées reculées…

Et je finis ce volume par quelques chants en son honneur (lire pages
211,266,267), la conjuguer avec des verbes d’une seule syllabe suivi d’un délire
(lire pages 215-216-217)
après une recherche typographiques sur nos polices et nos caractères qui
seraient la poursuite, la représentation, l’écriture moderne de la vulve :
æ x œ & (L’esperluette)
l’écriture moderne et alphabétique de la vulve.

Alors, chaque année j’éditais chez Al Dante un
Cahier de la cinquième feuille
le n°1 parut le premier avril 2001 et ce ne fut pas un poisson d’avril, cela
raconte ma mise en examen du 1er avril 1999 au 28 août 2000 (17 mois !) pour
aboutir enfin à l’article 183 du code de procédure pénale : Non Lieu !
Et tout ça pour 2 ou 3 photographies de vulves enfantines prises par ma bru afin
que je puisse les comparer avec les vulves gravées dans les grottes et les abris
sous roche, vérifier leur stylisation ou leur réalisme.

Cahier de la cinquième feuille n°2
(1er avril 2002)
J’essais de comprendre et plus encore de deviner et d’imaginer les chants et les
rites…
Et là, je vais visiter la grotte de Cazelles !
Maintenant je ne sais toujours pas leurs rites mais il y a un rituel, je ne sais
ni les chants ni les gestes du chamane mais il y a des chants et des gestes.
Sans doute des percussions, sans doute des sifflements et des souffles.
L’entrée de la grotte à ras de la falaise n’est pas plus grande que l’embouchure
de la tanière d’un renard, on glisse dans un étroit couloir de glaise et on
arrive dans une cavité où on a de l’eau jusqu’à mi cuisse…
lecture d’un poëme autobiographique
(lire page 30)
Lire de la rive

Je réinvente des rites certainement inexacts, mais aujourd’hui, en art
contemporain cette appropriation, cette inexactitude, cette erreur s’intitule
performance, pour moi un poëme en chair et en os & à cor et à cri.
C’est dans ce numéro là, aussi, que j’ai publié la photographie du berceau de
Brassempouy avec son nourrisson ou du cercueil avec son gisant.
(voir page 48)
le lange et le linceul
l’ange et l’un seul.

Cahier de la cinquième feuille n°3
(1er avril 2003)
Je continue à réinventer des rites, à les compléter par des rites de tatouage.
Je vis dans l’erreur, cette erreur me comble. Elle a sur moi un effet aussi fort
que si j’avais découvert leurs rites, leurs chants ; je lis et décrypte leurs
icônes, je traduis tout et je transmets : je sais.
Bien sur, je ne sais rien mais cette incompétence, cet accomplissement dans
l’incompétence est plus fort que le savoir.
Je connais leur culture, je vis leur culture mais je ne puis ni la dire…
Comme les enfants, je fais semblant de connaître, je fais semblant d’y être, je
fais semblant d’en être.

Et je découvre la grotte Chauvet avec Jean Clottes, semblant, à la télé !
Il me décrit la Vénus du pendant rocheux de la salle du fond (toujours cachées
et au fond, les vulves) :
« Descendez, là ! Attention les parois ! Parce que là, il y a des gravures, il y
a des choses partout. Là, je vais vous montrer simplement ; là ! Vous voyez :
vous avez le triangle pubien et la vulve ; vous voyez là, hein ? »
« Là, c’est ce qu’on appelle le pendant du sorcier. C’est là. On a le haut du
corps d’un bison au contact d’une femme. Vous avez… On voit très bien le
triangle pubien, les jambes vues de face mais d’ici : déjà la femme, on la voit
assez bien, d’ici. On est posté où il faut. »
(voir pages 71 à 73)

Cahier de la cinquième feuille n°4
(1er avril 2004)
À La Réunion mes faux rites font de l’effet, me font de l’effet, nu, fardé de
terres colorées, le sexe caché par des ancives, je joue des conques que j’ai
percées moi même et sonne dans des cornes de toute sorte d’animal…
Le volcan pète et la lave coule à chacun de mes séjours, la vulve géante se
réveille, j’imagine, je vois le globe terrestre avec ses milliers de vulves en
feu.
Et je fais le tour du monde avec mes déclaractions et autres démonstractions.
J’essaie de faire oublier l’inquisition qui a mis au feu tous ces secrets et le
monde contemporain gouverné par des gens de la même religion

Cahier de la cinquième feuille n°5
(1er avril 2005)
À la recherche des représentations de la vulve à travers les cultures et à
travers le monde et dans ce cahier j’essaie de faire parler les bouches, toutes
les bouches et de parler leur langue et toutes les langues.
À partir des gravures des vulves aurignaciennes, je réinvente des rites, des
cérémonies, des chants, l’avant-garde de la fin du xxe et du début du xxie
siècle qui a réinventé le rapport aux gestes, au corps, aux cris et à la voie
retrouve ses sources.
Sans doute, une fois encore, une fois de plus, je me trompe… mais sait-on Jamais
?
Peut-être de temps à autre, je tombe juste, vrai.

Cahier de la cinquième feuille n°6
Chez l’éditeur.

Cahier de la cinquième feuille n°7
En cours, sur mon ordinateur.

Cahier de la cinquième feuille n°8 Préparation à la caza d’oro au Mas d’Azil.

Mais chaque fois que tel savant, tel guide
me montre la tête d’un équidé
j’avais vu
avant sa (dé) monstration
à la place de la bouche de l’animal une
vulve
absolument parfaite et belle
quant il s’agit de la bouche d’un âne.
(voir page 6 du N°5)

À ce jour, le corpus de
l’Écriture Originelle
intitulé
Les Cahiers de la cinquième feuille
comporte :

Carnets(s) de piste ou Retour de déplacement
Éditions Jacques Clauzel
Gallargues-le-Montueux (1993)

du sorcier de V. au magicien de M.
Éditions Roger Pailhas – Marseille (1998)

La Cinquième Feuille
Éditions NèPE – Ventabren (2000)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 1
Éditions Al Dante – Paris (2001)

La 5e Feuille ou la fabrication de l’incantation
C.D. audio Éditions DCC – K’A et trAce Label – Paris (2001)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 2
Éditions Al Dante – Paris (2002)

œ ? æ
art scarpulin – Merano (2003)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 3
Éditions Al Dante – Paris (2003)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 4
Éditions Al Dante – Paris (2004)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 5
Éditions Al Dante – Paris (2005)

(Y)
Eos magazine – Milan (2005)

Julien Blaine

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