Actuellement en résidence : JC POLIEN
Le montage photos-textes Obras ainsi que la longue feuille de papier Via terrae sont deux variations sur le chemin de croix qui scande les derniers moments de la vie terrestre du Christ. Cet épisode fondamental des Évangiles s’est rejoué sous mes yeux dans l’espace urbain de Barbastro durant mon séjour de travail, qui correspondait avec le calendrier de la semaine sainte. Les cortèges de musiciens, les chars présentant d’immenses figures pieuses et doloristes, m’ont profondément frappé. Obras et Via terrae reprennent donc la structure du chemin de croix que l’on voit sur les murs des églises : chaque ensemble se compose de quatorze stations.
Photos et textes rendent compte de moments triviaux, intenses ou cocasses vécus dans Barbastro même, de ce point de vue à la fois inconfortable et privilégié qui est celui de l’étranger. Ils sont la trace d’un séjour.
La longue feuille donne à voir quatorze prélèvements de terre effectués non plus seulement dans Barbastro mais sur le chemin aller-retour entre Barbastro et le Mas d’Azil, soit les deux pôles du projet artistique transpyrénéen qui nous réunit ici. Au cours d’une performance, ils ont été projetés à l’aide de balais de batterie avec une technique similaire à celle des percussionnistes qui défilent pendant la semaine sainte. Ils sont la trace d’un trajet.
Ces deux pièces, chacune avec ses moyens propres, font montre d’un même goût pour le collectage. Elles utilisent le canevas religieux afin de suggérer un idéal différent, dessinant un chemin qui ne mène pas au ciel, mais sur terre (via terrae et plus via crucis), pour y célébrer la matière dans toute sa puissance tellurique comme dans ses détails les plus infimes, l’instant présent et jubilatoire d’une plaisanterie – ou d’une vision parfaitement renversante.
Jocelyn Bonnerave
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