« Métapode » c’est le premier os de la jambe de la biche. Polyvinyle c’est le matériau dont on fait les disques vinyls. « Métapodes et Polyvinyle », c’est le télescopage d’une technologie préhistorique et d’un matériau symbolique de l’ère industrielle. Ainsi s’organise le parti pris de cette exposition d’art contemporain dans un musée de la préhistoire. Le but du jeu de l’artiste est de poursuivre des idées high-tech avec de l’os et du silex. Ainsi la jambe de la biche nous parle d’une femme qui se glisse dans l’obscur de la terre et qui discoure à propos des animaux, de la joie et du mystère… Les objets et les images présentées sollicitent chez le spectateur son regard de curieux, amateur d’objets énigmatiques, rêveur d’ images au bord de l’illisible, éternel étudiant devant des cartels elliptiques.” C’est ainsi que l’artiste Victoria Klotz nous décrit son exposition, restitution de son travail de recherche et de création à Caza d’Oro. Rappelons que Victoria Klotz fait partie des artistes invités à participer au projet Dreamtime dont un des objectifs est d’expérimenter de nouvelles interactions entre la création contemporaine et le patrimoine préhistorique et naturel de l’Ariège et de Midi-Pyrénées à partir des grottes de la Région.
Métapodes & Polyvinyle

exposition de Victoria Klotz

du 18 juillet au 28 septembre 2008

vernissage le 18 juillet 2008 à 19h

ouvert chaque jour de 11h à 13h et de 14h à 19h

Musée de la Préhistoire

Place de l’église

09290 Le Mas d’Azil
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Fly Victoria Klotz

Depuis une semaine le Parc Préhistorique de Tarascon vit à l’heure de l’art contemporain. Y sont installées des pièces maîtresses des collections du musée des Abattoirs de Toulouse. On y trouve : Barcelo, l’emblématique artiste espagnol ; Tàpies, l’un des plus grands peintres catalans de la seconde moitié du XXe siècle ; Titi Parant, dont Jean Dubuffet s’éprit le premier de ses « Horloges d’amour ». Avec eux, les plasticiens Julien Blaine et Carole Douillard qui sont venus s’interroger sur la naissance de l’art, l’an dernier au Mas-d’Azil, lors d’une résidence d’artiste dans les murs de Caza d’Oro (chasse à l’or).

Parallèlement, le Musée de la préhistoire du Mas-d’Azil accueille « Voix, de par l’Arize » : les photographies qu’Éric Hurtado a réalisées, en tout début 2008, dans la grotte. Éric Hurtado dont le film consacré aux médecins musiciens du Maroc est présenté ce mois-ci à Cannes.

Ces deux expositions concomitantes qui ont l’originalité de marier le must de l’art du XXIe siècle au fleuron de l’art pariétal, préfigurent « Dream Time ». L’événement mis en route pour 2009 emprunte son titre le « temps du rêve » à la culture aborigène, la plus longue de l’Humanité (65 000 ans), et fait référence au « temps d’avant le temps » ou « temps de la création ». Mis en route par Caza d’Oro, « Dream Time consiste à inviter des artistes contemporains dans le site monumental et spectaculaire de la grotte du Mas-d’Azil. Ainsi grâce à des vidéos d’artistes réalisées dans les cavités aziliennes richement ornées mais inaccessibles au public, les trésors ariégeois de l’histoire de l’art (12 000 ans) projetés sur les parois accessibles, seront pour la première fois partagés par tous » expliquent les concepteurs Nathalie et Claus Sauer. Claude Lévêque qui représente cette année la France à la Biennale de Venise a souhaité s’impliquer dans Dream Time : il pense à une mise en lumière de la grotte (on doit à Lévêque l’éclairage des Forges de Lorraine). Barcelo qui orne actuellement la coupole de l’ONU à Genève, rêve aussi de créer pour la grotte du Mas » déclare Nathalie. Par-delà l’inédite passerelle temporelle artistique entre arts préhistorique et contemporain, le défi de Caza d’Oro est « d’ouvrir l’Ariège tout en l’exportant ; de revaloriser son exceptionnel patrimoine en matière de grottes ornées ; de faire se projeter un territoire dans l’avenir ; d’asseoir l’atelier départemental d’éducation artistique soutenu par l’Éducation nationale ». Pour devenir réalité ce rêve qui associe culture et économie a déjà reçu la bénédiction de Midi-Pyrénées qui l’a accepté au titre de Toulouse Capitale Culturelle Européenne 2013, comme l’un des projets susceptibles d’être développés à dimension européenne. Il est aussi Grand projet de pays.

Bernadette Faget, La Dépêche du midi

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Il y a des perspectives que la science ouvre en direction d’un point de rêve, l’hypothèse du Professeur Charpak (Nobel de physique 92) est de celle-ci : si les ondes sonores peuvent faire vibrer un outil de gravure, alors il n’est pas absurde de penser que les poteries antiques lorsqu’elles ont été tournées et gravées au stylet puissent parler… Théorie sublime qui fait coïncider la science, la technologie et le magique. Soudain, à la concentration du potier se superpose une bande audio d’ambiance : c’est le petit matin, l’homme se met au travail, les oiseaux du voisinage chantent leur fonction territoriale, première sonothèque du rossignol philomèle ! arrive l’enfant en courant et criant son besoin d’exister à l’adresse de son père… quelque chose qui dans sa langue, son époque, sa culture dirait « regarde moi ! ». On donne parfois de la voix pour réclamer le regard. Un acheteur potentiel arrive et voilà la négociation marchande prise au piège de l’objet… Et si, l’homme solitaire, besogneux et mutique avait un jour éprouver l’envie de se parler ? de se dire, comme on parle à son chien ou à son psychanalyste. Imaginez… le monologue du potier…… Certainement que les phrases tournent, passent et repassent au même endroit, prennent un détail, le redéposent, poursuivent le chemin de l’inconscient en se délestant, la pensée fait un tour, au même endroit la chose déposée s’est transformée, on la prend, ou c’est elle qui nous attrape puisqu’elle est sur notre trajectoire, la parole est en roue libre, la vie, les petits soucis, les grandes questions existentielles, les doutes, les observations…

Donc, voilà, il y a des choses à dire. C’est le sentiment que j’ai toujours, pour commencer. Les images arrivent ensuite pour porter les mots. J’en ai besoin, sinon je saurai parler. Je saurai faire œuvre de paroles. Je vois de la peau animale, je vois des os, je vois du granit… je vois des mouvements circulaires, une pointe, une vibration… je vois la voix ! C’est la même émotion avec la camera obscura, à l’endroit du sténopé on peut voir la racine de l’image… La technologie m’intéresse quand elle touche au phénomène. Je me suis inscrite sur un forum audiophile, j’ai pris le pseudo « low tech ». Capitaine caverne de la hi-fi ! ah ah ! Je vous écris du Mas d’Azil, espace-temps de la technè, des savoirs-faire du silex et des pointes acérées. Je vous écris à vous qui cherchez encore à pousser une technologie aujourd’hui obsolète. Avec vos amplis à lampes et vos machines de 10kg ! Vous cherchez à faire progresser ce qu’on a abandonné en route. Vous êtes dans une course où les starting-block n’existaient pas encore. Vous en êtes à réitérer l’excellence, pas enthousiasmés pour vous lancer dans une autre aventure qui balbutie. Je vous comprends, on ne devrait pas abandonner. Ni les choses, ni les gens, ni les sentiments qui nous ont portés, que l’on a porté. Je vois un téléscopage technologique, avec Jean, David, Yves, Bruno, Joël , chacun dans son savoir-faire. J’inviterais bien Michel Siffre aussi, l’homme qui dormait sous la terre. Peut-être qu’on arriverait tous à s’entendre ?

Victoria Klotz. (2ème semaine de résidence)

expérimentation en atelier

Jour 1 : j’arrive avec des envies de mécanique. Jean, le spécialiste des outils primitifs rectifie : le premier os de la jambe de la biche s’appelle le métapode. Ok. Le cale pied sur l’axe de la roue du BMX s’appelle le peg. Des métapodes, des tibias et des fibulas j’en ai 4 caisses à Tarbes. Je les prendrais la prochaine fois. Des années que je ramasse les jambes des animaux tombées dans la forêt… Dans les compétitions de bicross on donnait des coups de reins pour s’envoler au dessus des massifs montagneux représentés par la piste. Parfois l’un de nous chutait et on pouvait ramasser les pièces détachées dans la poussière…
Jean me montre une flèche de guyane qui imite le cri de la harpie féroce. Propulsée par le chasseur à l’arc elle effraie les singes qui redescendent vers … les flèches empoisonnées. Apollon est le dieu « oblique » : sa flèche zigzague vers la vérité. Comme le dauphin les flèches marsouinent… Comme le serpent elles sifflent et sont venimeuses… Le soir j’achète des noix pour fabriquer des flèches sifflantes indiennes.
J’ai une idée en attente de 50 archers. Ils seront là, au mois d’août, au mas d’azil, pour le championnat de tir primitif. Les oreilles vont nous siffler ! Mais qui sont ces fous de préhistoire ? Ils cherchent à atteindre l’excellence d’une technique aujourd’hui obsolète. Ils visent vers l’avenir avec des outils magdaléniens. J’ai aussi ce genre d’idée en tête : poursuivre des objectifs high-tech avec des silex et de l’os.

Jour 2 : L’après-midi, Guylaine me fait visiter la grotte. C’est énorme. Un espace publique au fond de la terre. On s’attend à voir arriver une foule. Les salles sont gigantesques et si absorbantes ! J’imagine tout de suite des voix, des fréquences basses… Dans la rivière noire y a –t-il des truites ? Reviendrais-je pour l’ouverture de la pêche ? Ensuite visite du musée. L’os ioïde est adapté au dessin des têtes animales. Le chlorure de polyvinyle est un plastique hautement polluant. L’arc est certainement l’un des premiers instruments de musique. Dans la grotte des 3 frères en Ariège il y a une représentation de ce qui serait peut-être un sorcier dansant avec un arc musical (j’ai lu qu’il pouvait s’agir aussi d’une flûte nasale)….

Jour 3 : Le matin, je rencontre David, je lui confie mes envies de mécanique. Je tombe bien, c’est un fou de mécanique moto, il adore gonfler des moteurs qui vont très vite mais qui ne roulent pas longtemps ! Il comprend quand je lui dis que tout animal est un véhicule. Il me montre ses arbres, ses pignons, ses carburateurs… Il me dit : ta machine c’est possible et en plus elle peut fonctionner. ???!! J’avais pensé « archéologie », pièces de machine éparpillées. Ca me fait fantasmer… et si la machine produisait quelque chose ?
Prises de son, tirs de flèches, promenade sur le toit végétal de la grotte, vu un chevreuil, sous le soleil.

Jour 4 : Je me plonge dans l’ethnomusicologie. J’entends des truites vrombir autour de ma tête…

Jour 5 : Derniers tests de flèches sifflantes en extérieur. Le bec de ma flûte n’est pas au point. Avec les noix ça marche bien. Je rencontre Yves, il me fait visiter la chambre des amérindiens. Il y a là tous les objets amérindiens qu’il a fabriqué au cours de sa vie et il y en a !!! Il me donne généreusement 2 silex et 1 peau crue de chevreuil. Avec ça, je vais faire mes premiers tests acoustiques. Merci l’indien. A bientôt les aziliens. A bientôt Caza d’oro. Et merci de votre accueil !

Victoria Klotz

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