Fly Victoria Klotz

Depuis une semaine le Parc Préhistorique de Tarascon vit à l’heure de l’art contemporain. Y sont installées des pièces maîtresses des collections du musée des Abattoirs de Toulouse. On y trouve : Barcelo, l’emblématique artiste espagnol ; Tàpies, l’un des plus grands peintres catalans de la seconde moitié du XXe siècle ; Titi Parant, dont Jean Dubuffet s’éprit le premier de ses « Horloges d’amour ». Avec eux, les plasticiens Julien Blaine et Carole Douillard qui sont venus s’interroger sur la naissance de l’art, l’an dernier au Mas-d’Azil, lors d’une résidence d’artiste dans les murs de Caza d’Oro (chasse à l’or).

Parallèlement, le Musée de la préhistoire du Mas-d’Azil accueille « Voix, de par l’Arize » : les photographies qu’Éric Hurtado a réalisées, en tout début 2008, dans la grotte. Éric Hurtado dont le film consacré aux médecins musiciens du Maroc est présenté ce mois-ci à Cannes.

Ces deux expositions concomitantes qui ont l’originalité de marier le must de l’art du XXIe siècle au fleuron de l’art pariétal, préfigurent « Dream Time ». L’événement mis en route pour 2009 emprunte son titre le « temps du rêve » à la culture aborigène, la plus longue de l’Humanité (65 000 ans), et fait référence au « temps d’avant le temps » ou « temps de la création ». Mis en route par Caza d’Oro, « Dream Time consiste à inviter des artistes contemporains dans le site monumental et spectaculaire de la grotte du Mas-d’Azil. Ainsi grâce à des vidéos d’artistes réalisées dans les cavités aziliennes richement ornées mais inaccessibles au public, les trésors ariégeois de l’histoire de l’art (12 000 ans) projetés sur les parois accessibles, seront pour la première fois partagés par tous » expliquent les concepteurs Nathalie et Claus Sauer. Claude Lévêque qui représente cette année la France à la Biennale de Venise a souhaité s’impliquer dans Dream Time : il pense à une mise en lumière de la grotte (on doit à Lévêque l’éclairage des Forges de Lorraine). Barcelo qui orne actuellement la coupole de l’ONU à Genève, rêve aussi de créer pour la grotte du Mas » déclare Nathalie. Par-delà l’inédite passerelle temporelle artistique entre arts préhistorique et contemporain, le défi de Caza d’Oro est « d’ouvrir l’Ariège tout en l’exportant ; de revaloriser son exceptionnel patrimoine en matière de grottes ornées ; de faire se projeter un territoire dans l’avenir ; d’asseoir l’atelier départemental d’éducation artistique soutenu par l’Éducation nationale ». Pour devenir réalité ce rêve qui associe culture et économie a déjà reçu la bénédiction de Midi-Pyrénées qui l’a accepté au titre de Toulouse Capitale Culturelle Européenne 2013, comme l’un des projets susceptibles d’être développés à dimension européenne. Il est aussi Grand projet de pays.

Bernadette Faget, La Dépêche du midi

carton-hurtado-1_page_2.jpg

carton-hurtado-1_page_1.jpg

dreamtime1.jpg

dreamtime2.jpg

dreamtime0.jpg

dreamtime1.jpg

Il y a des perspectives que la science ouvre en direction d’un point de rêve, l’hypothèse du Professeur Charpak (Nobel de physique 92) est de celle-ci : si les ondes sonores peuvent faire vibrer un outil de gravure, alors il n’est pas absurde de penser que les poteries antiques lorsqu’elles ont été tournées et gravées au stylet puissent parler… Théorie sublime qui fait coïncider la science, la technologie et le magique. Soudain, à la concentration du potier se superpose une bande audio d’ambiance : c’est le petit matin, l’homme se met au travail, les oiseaux du voisinage chantent leur fonction territoriale, première sonothèque du rossignol philomèle ! arrive l’enfant en courant et criant son besoin d’exister à l’adresse de son père… quelque chose qui dans sa langue, son époque, sa culture dirait « regarde moi ! ». On donne parfois de la voix pour réclamer le regard. Un acheteur potentiel arrive et voilà la négociation marchande prise au piège de l’objet… Et si, l’homme solitaire, besogneux et mutique avait un jour éprouver l’envie de se parler ? de se dire, comme on parle à son chien ou à son psychanalyste. Imaginez… le monologue du potier…… Certainement que les phrases tournent, passent et repassent au même endroit, prennent un détail, le redéposent, poursuivent le chemin de l’inconscient en se délestant, la pensée fait un tour, au même endroit la chose déposée s’est transformée, on la prend, ou c’est elle qui nous attrape puisqu’elle est sur notre trajectoire, la parole est en roue libre, la vie, les petits soucis, les grandes questions existentielles, les doutes, les observations…

Donc, voilà, il y a des choses à dire. C’est le sentiment que j’ai toujours, pour commencer. Les images arrivent ensuite pour porter les mots. J’en ai besoin, sinon je saurai parler. Je saurai faire œuvre de paroles. Je vois de la peau animale, je vois des os, je vois du granit… je vois des mouvements circulaires, une pointe, une vibration… je vois la voix ! C’est la même émotion avec la camera obscura, à l’endroit du sténopé on peut voir la racine de l’image… La technologie m’intéresse quand elle touche au phénomène. Je me suis inscrite sur un forum audiophile, j’ai pris le pseudo « low tech ». Capitaine caverne de la hi-fi ! ah ah ! Je vous écris du Mas d’Azil, espace-temps de la technè, des savoirs-faire du silex et des pointes acérées. Je vous écris à vous qui cherchez encore à pousser une technologie aujourd’hui obsolète. Avec vos amplis à lampes et vos machines de 10kg ! Vous cherchez à faire progresser ce qu’on a abandonné en route. Vous êtes dans une course où les starting-block n’existaient pas encore. Vous en êtes à réitérer l’excellence, pas enthousiasmés pour vous lancer dans une autre aventure qui balbutie. Je vous comprends, on ne devrait pas abandonner. Ni les choses, ni les gens, ni les sentiments qui nous ont portés, que l’on a porté. Je vois un téléscopage technologique, avec Jean, David, Yves, Bruno, Joël , chacun dans son savoir-faire. J’inviterais bien Michel Siffre aussi, l’homme qui dormait sous la terre. Peut-être qu’on arriverait tous à s’entendre ?

Victoria Klotz. (2ème semaine de résidence)

expérimentation en atelier

Jour 1 : j’arrive avec des envies de mécanique. Jean, le spécialiste des outils primitifs rectifie : le premier os de la jambe de la biche s’appelle le métapode. Ok. Le cale pied sur l’axe de la roue du BMX s’appelle le peg. Des métapodes, des tibias et des fibulas j’en ai 4 caisses à Tarbes. Je les prendrais la prochaine fois. Des années que je ramasse les jambes des animaux tombées dans la forêt… Dans les compétitions de bicross on donnait des coups de reins pour s’envoler au dessus des massifs montagneux représentés par la piste. Parfois l’un de nous chutait et on pouvait ramasser les pièces détachées dans la poussière…
Jean me montre une flèche de guyane qui imite le cri de la harpie féroce. Propulsée par le chasseur à l’arc elle effraie les singes qui redescendent vers … les flèches empoisonnées. Apollon est le dieu « oblique » : sa flèche zigzague vers la vérité. Comme le dauphin les flèches marsouinent… Comme le serpent elles sifflent et sont venimeuses… Le soir j’achète des noix pour fabriquer des flèches sifflantes indiennes.
J’ai une idée en attente de 50 archers. Ils seront là, au mois d’août, au mas d’azil, pour le championnat de tir primitif. Les oreilles vont nous siffler ! Mais qui sont ces fous de préhistoire ? Ils cherchent à atteindre l’excellence d’une technique aujourd’hui obsolète. Ils visent vers l’avenir avec des outils magdaléniens. J’ai aussi ce genre d’idée en tête : poursuivre des objectifs high-tech avec des silex et de l’os.

Jour 2 : L’après-midi, Guylaine me fait visiter la grotte. C’est énorme. Un espace publique au fond de la terre. On s’attend à voir arriver une foule. Les salles sont gigantesques et si absorbantes ! J’imagine tout de suite des voix, des fréquences basses… Dans la rivière noire y a –t-il des truites ? Reviendrais-je pour l’ouverture de la pêche ? Ensuite visite du musée. L’os ioïde est adapté au dessin des têtes animales. Le chlorure de polyvinyle est un plastique hautement polluant. L’arc est certainement l’un des premiers instruments de musique. Dans la grotte des 3 frères en Ariège il y a une représentation de ce qui serait peut-être un sorcier dansant avec un arc musical (j’ai lu qu’il pouvait s’agir aussi d’une flûte nasale)….

Jour 3 : Le matin, je rencontre David, je lui confie mes envies de mécanique. Je tombe bien, c’est un fou de mécanique moto, il adore gonfler des moteurs qui vont très vite mais qui ne roulent pas longtemps ! Il comprend quand je lui dis que tout animal est un véhicule. Il me montre ses arbres, ses pignons, ses carburateurs… Il me dit : ta machine c’est possible et en plus elle peut fonctionner. ???!! J’avais pensé « archéologie », pièces de machine éparpillées. Ca me fait fantasmer… et si la machine produisait quelque chose ?
Prises de son, tirs de flèches, promenade sur le toit végétal de la grotte, vu un chevreuil, sous le soleil.

Jour 4 : Je me plonge dans l’ethnomusicologie. J’entends des truites vrombir autour de ma tête…

Jour 5 : Derniers tests de flèches sifflantes en extérieur. Le bec de ma flûte n’est pas au point. Avec les noix ça marche bien. Je rencontre Yves, il me fait visiter la chambre des amérindiens. Il y a là tous les objets amérindiens qu’il a fabriqué au cours de sa vie et il y en a !!! Il me donne généreusement 2 silex et 1 peau crue de chevreuil. Avec ça, je vais faire mes premiers tests acoustiques. Merci l’indien. A bientôt les aziliens. A bientôt Caza d’oro. Et merci de votre accueil !

Victoria Klotz

Julien Blaine
à la caza d’oro
au Mas d’azil / l’arize
le journal, le catalogue, l’exposition, une déclaraction suivie de quelques démonstractions…

AZiL

Qui risque de parler ? Questionne-t-il.

le jaune ?
le Rouge ?
le trait ou les traits ?
le point ou les points ?
le grain du galet ?
le bord du galet?
le plein du galet ?
ça parle ou ça compte ?
ça joue ou ça mesure ?
ça se traduit ou ça s’est tu ? Précise-t-il.

Admirez, vous qui vous y êtes essayés, l’admirable liberté qui nous conduit quand, en quelques souples coups de pinceau, nous représentons un galet. Nous allons choisir la couleur dominante de la pierre puis, le poignet et sa main prolongés par l’outil à poil, brosseront le contour, enfin par grosses taches, larges hachures, cercles concentriques le pinceau remplira le corps du galet…
C’est avant tout éprouver de la liberté, qui peut dire que mon galet représenté n’est pas ressemblant ? Pour le reste du commentaire je laisserai le lecteur s’abîmer dans la lecture de Francis Ponge à propos de cet objet. J’ajouterai, en ce qui me concerne, qu’un galet peint n’est pas un galet représenté. Il m’arrive de représenter des galets avec mes couleurs sur de l’épais papier à grains, pour la peinture des galets, c’est à dire sur galets, je laisse ce soin aux Aziliens qui, à ce jour, ne m’ont pas accordé tous leurs secrets.
Ni les galets ni les Aziliens.
Je sais simplement que c’est l’index qui peint aidé du pouce et plus rarement du majeur. Ils peignent comme j’écris. Ajoute-t-il.

Maintenant
que j’ai reconstitué le
support de leur
écriture,
je n’ai plus envie d’écrire. Conclue-t-il.

“Le monde contemporain écrit en azilien c’est ce que nous démontre l’artiste Julien Blaine à travers son exposition au Mas d’Azil !

C’est vendredi 14 décembre 2007, à 19h que s’ouvre l’exposition “Azil” de Julien Blaine, chercheur, poète, performeur et artiste plasticien, qui a été invité cet automne à résider et travailler en Ariège, par Caza d’Oro, centre de recherche et de création d’art contemporain. Précisons qu’il est invité à participer au fameux projet “Art Contemporain, Grottes Ornées et Préhistoire en Midi-Pyrénées” qui réunit entre autres Caza d’Oro, le Musée des Abattoirs de Toulouse et le Centre d’ Interprétation de la Préhistoire de Tarascon-sur-Ariège ; et qui s’insère à “Inventer le Présent” programme d’expositions et d’événements organisé sur deux ans par le Réseau Régional d’Art Contemporain. Une manière significative de valoriser la dynamique et l’identité de notre territoire d’Ariège en la Région, de faire rayonner notre patrimoine et la création contemporaine y puisant toute son inspiration notamment donc en nos grottes ornées.
Rappelons que pour Julien Blaine, né en 1942 en Provence, après avoir étudié depuis plus d’une dizaine d’années l’écriture de l’ Aurignacien supérieur, il lui paraissait évident de pouvoir étudier, comme il le précise non dénué d’humour, “l’art et l’ écriture contemporaine” ! C’est à dire l’art Magdalénien et Azilien et ce, à partir du fameux “Faon aux Oiseaux” propulseur qui n’est très certainement pas inventé, selon lui, que pour lancer des traits ; à partir de cette “tête de cheval” trouvée dans la grotte qui n’a pas été sculptée que pour hennir ; et à partir de ces “galets peints” qui sont à l’égal des mains positives ou négatives inscrites sur les parois des grottes ou des abris sous roche…Et qui en essayant de les décrypter en de multiples hypothèses et propositions, lui ont fait laisser venir des intuitions, comme il l’avait déjà fait pour des périodes préhistoriques précédentes… ses recherches sont donc retranscrites en l’exposition, par un ouvrage en vente et en des objets et œuvres d’art, vidéos, performances.
On a pu d’ailleurs le voir et l’écouter le 26 novembre 2007 au Parc de la Préhistoire de Tarascon-sur-Ariège pour un débat public passionnant avec Jean Clottes illustre préhistorien ; essayant d’y réaliser un dialogue entre l’art contemporain et l’art préhistorique.
Et c’est en l’espace de ces quelques mois qu’il a réussi à écrire et faire éditer un ouvrage, réunissant textes et visuels retraçant cette expérience artistique et humaine en nos terres.
L’exposition est ouverte chaque jour sauf le lundi du samedi 15 décembre au dimanche 23 décembre de 15h à 17h. Gratuite.
Pour groupes et scolaires sur R.V en appelant le service des publics au 05.61.69.59.17.

Nathalie Thibat

Vernissage avec concert le vendredi 14 déc à 19h au Mas d’Azil

fly expo

En ce qui me concerne, je n’ai jamais su si j’allais commencer un travail, si j’allais attaquer un nouveau chantier, ce que je venais de débuter serait-il vraiment un travail ou un brouillon éphémère ?
Pour cette recherche, je m’y suis mis sérieusement de 1992 à 1997, il y a tout juste dix ans avec la publication d’un premier volume de ce corpus :
du sorcier de V. au magicien de M.
qui parut le jour de l’an 1998.
Cela commençait par un feuilleton publié dans
Art-Présence, du n°9 au N°22.
Quelques constatations émises là me servent encore dans le travail tel que je
l’accomplis aujourd’hui :

. une femme au Kenya sortait de la morgue après y être resté défunte 4 jours
(Daily Nation du 22 décembre 1993)

. le conseil des sages chez les Bamileke au
Cameroun, ce sont 9 personnes et ce sont les neuf orifices de l’homme :
les narines, le pouvoir ;
les oreilles, la prévoyance ;
les yeux, la sécurité ;
la bouche, la relation ;
le sexe, le rendement ;
l’anus, le service.

. toutes les significations du verbe relever :
remettre debout ce qui était tombé
reconstruire ce qui était en ruine
remettre à flot ce qui était échoué
retrousser ce qui masquait les formes
redresser ce qui était incliné
rétablir ce qui avait failli
rendre digne ce qui était méprisé
remplacer ce qui était parti
remarquer ce qui était l’erreur

révoquer ce qui était néfaste
délier ce qui était promis
donner du goût à ce qui était fade
guérir ce qui était malade
faire valoir ce qui n’était pas remarqué
déterminer la position d’un objet
déterminer la position d’un monument
déterminer la position d’une œuvre
déterminer la position d’un corps.

. quelques pictogrammes du codice Boturini et notamment le célèbre lapin
Toltèque.
(voir pages 69 & 70)
relevés dans mon bloc-note la veille d’un tremblement de terre de 6,8 sur
l’échelle de Richter
(La Jornada du 25 octobre 1993)
À partir de cette remarque proclamée à mes interlocuteurs de la parenté – à
l’audition – entre le Golem de Pragues, créature d’argile qui s’anime pour
protéger les juifs du ghetto et Koyem (ce qui signifie tête de boue) poupée
votive kachina des indiens Hopi, j’avais émis l’hypothèse que le Golem-Koyem
pouvait être la terre toute entière…
Mais où est sa langue qui la fait tant remuer chaque fois que je fais part de
mes suppositions ?

Je parlais aussi des rites autour de Tanit et des mythes apolloniens et
solaires accompagnés de quelques remarques sur le cosmos.
Et c’est là (voir page 141) que se déclencha ce qui me passionne encore
aujourd’hui
L’Aïn de l’hébreu et l’alpha du grec sont une seule et même lettre, simplement
elle change de sens :
? & ?
elle change de sens.
et dans cette lettre à peine modifiée, on va retrouver tous les pictogrammes,
idéogrammes et dessins de la plupart des spiritualités, qu’elles soient
naturelles ou monothéistes, soit une feuille stylisée, avec nervure, iris, arête
ou tube :
le poisson,
l’œil,
la feuille,
la plume.

Je pouvais enfin me mettre sérieusement au travail, et ce fut la publication
d’un second catalogue :
La cinquième feuille (décembre 2000)
Car, entre temps, je m’étais aperçu qu’il y avait une cinquième figure
spirituelle représentée par cette feuille, cet ovale fendu : la vulve.

Après un laborieux travail sur les feuilles des arbres du lac Stanberger en
Bavière je me remettais dans l’axe :
le tube
la nervure
l’arête
l’iris
la fente

charnière &
articulation : a x e
la question n’est pas
qu’est-ce que je veux dire ?
mais
qu’est-ce qu’ils veulent me dire ?

Qu’est-ce qu’ils veulent me dire ?

J’allais voir partout où je le pouvais des mains négatives et positives, puis
les innombrables représentations symboliques, allégoriques ou rituelles des
mains à travers les millénaire.

Les abris et cavernes des grottes ornées, célèbres ou secrètes, en compagnie de
Christian Archambeau, une sorte d’explorateur de grottes préhistoriques.

Je lus beaucoup (Henri Delporte, André Leroi-Gourhan, Alain Roussot, Brigitte et
Gilles Deluc, Jean-Pierre Duhart, Denis Vialou, Jean-Guillaume Lalanne, Joëlle
Robert-Lamblin, Yanik Le Guillou et surtout Jean Clottes) alors, je compris que
cette cinquième feuille était surtout manifeste dans les périodes
aurignaciennes.
J’ai relevé, photographié la plupart des vulves visibles et visitables même de
manière confidentielles (j’ai failli dire intimes !), j’ai même retrouvé celle
du musée de préhistoire de Périgueux, grâce au registre du musée (article 4707)
: la pierre avait été posée dans la cour sur la surface comportant la vulve et
l’autre face était vierge !
(voir pages 144 & 145)

J’ai été passionné par celle retrouvée dans les décombres de l’abri du poisson.
La vulve à terre, le poisson au plafond et l’empreinte de la main de l’enfant
assez proche du bécard bordé par les trous de la barre à mine du voleur
bredouille…

Au verso de la vulve de la Ferrassie, j’ai vérifié ce que le Docteur Lalanne et
le Chamoine Bouyssonie appelaient « des reliefs et des cavités » : étaient, en
fait, selon moi, l’abouche (en un seul mot) à l’extérieur du corps, le trou du
cul correctement creusé à sa place et plus simplement nommé !

j’ai aussi mis côte à côte deux des femmes de Laussel, celle qui tient la corne
(avec sans doute un calendrier lunaire gravé) et celle qui tient le cercle fendu
(la vulve, je crois).
La symbolique me parait simple, évidente.

Je suis allé à la rencontre de cultures naturelles loin des massacres de
l’inquisition papale d’Innocent III, chez les Piaroas au confluent de l’Amazone
et de l’Orénoque grâce à mon ami Jean Monod et chez les Bamileke au nord-est du
Cameroun. Et ailleurs encore, dans des îles lointaines et des vallées reculées…

Et je finis ce volume par quelques chants en son honneur (lire pages
211,266,267), la conjuguer avec des verbes d’une seule syllabe suivi d’un délire
(lire pages 215-216-217)
après une recherche typographiques sur nos polices et nos caractères qui
seraient la poursuite, la représentation, l’écriture moderne de la vulve :
æ x œ & (L’esperluette)
l’écriture moderne et alphabétique de la vulve.

Alors, chaque année j’éditais chez Al Dante un
Cahier de la cinquième feuille
le n°1 parut le premier avril 2001 et ce ne fut pas un poisson d’avril, cela
raconte ma mise en examen du 1er avril 1999 au 28 août 2000 (17 mois !) pour
aboutir enfin à l’article 183 du code de procédure pénale : Non Lieu !
Et tout ça pour 2 ou 3 photographies de vulves enfantines prises par ma bru afin
que je puisse les comparer avec les vulves gravées dans les grottes et les abris
sous roche, vérifier leur stylisation ou leur réalisme.

Cahier de la cinquième feuille n°2
(1er avril 2002)
J’essais de comprendre et plus encore de deviner et d’imaginer les chants et les
rites…
Et là, je vais visiter la grotte de Cazelles !
Maintenant je ne sais toujours pas leurs rites mais il y a un rituel, je ne sais
ni les chants ni les gestes du chamane mais il y a des chants et des gestes.
Sans doute des percussions, sans doute des sifflements et des souffles.
L’entrée de la grotte à ras de la falaise n’est pas plus grande que l’embouchure
de la tanière d’un renard, on glisse dans un étroit couloir de glaise et on
arrive dans une cavité où on a de l’eau jusqu’à mi cuisse…
lecture d’un poëme autobiographique
(lire page 30)
Lire de la rive

Je réinvente des rites certainement inexacts, mais aujourd’hui, en art
contemporain cette appropriation, cette inexactitude, cette erreur s’intitule
performance, pour moi un poëme en chair et en os & à cor et à cri.
C’est dans ce numéro là, aussi, que j’ai publié la photographie du berceau de
Brassempouy avec son nourrisson ou du cercueil avec son gisant.
(voir page 48)
le lange et le linceul
l’ange et l’un seul.

Cahier de la cinquième feuille n°3
(1er avril 2003)
Je continue à réinventer des rites, à les compléter par des rites de tatouage.
Je vis dans l’erreur, cette erreur me comble. Elle a sur moi un effet aussi fort
que si j’avais découvert leurs rites, leurs chants ; je lis et décrypte leurs
icônes, je traduis tout et je transmets : je sais.
Bien sur, je ne sais rien mais cette incompétence, cet accomplissement dans
l’incompétence est plus fort que le savoir.
Je connais leur culture, je vis leur culture mais je ne puis ni la dire…
Comme les enfants, je fais semblant de connaître, je fais semblant d’y être, je
fais semblant d’en être.

Et je découvre la grotte Chauvet avec Jean Clottes, semblant, à la télé !
Il me décrit la Vénus du pendant rocheux de la salle du fond (toujours cachées
et au fond, les vulves) :
« Descendez, là ! Attention les parois ! Parce que là, il y a des gravures, il y
a des choses partout. Là, je vais vous montrer simplement ; là ! Vous voyez :
vous avez le triangle pubien et la vulve ; vous voyez là, hein ? »
« Là, c’est ce qu’on appelle le pendant du sorcier. C’est là. On a le haut du
corps d’un bison au contact d’une femme. Vous avez… On voit très bien le
triangle pubien, les jambes vues de face mais d’ici : déjà la femme, on la voit
assez bien, d’ici. On est posté où il faut. »
(voir pages 71 à 73)

Cahier de la cinquième feuille n°4
(1er avril 2004)
À La Réunion mes faux rites font de l’effet, me font de l’effet, nu, fardé de
terres colorées, le sexe caché par des ancives, je joue des conques que j’ai
percées moi même et sonne dans des cornes de toute sorte d’animal…
Le volcan pète et la lave coule à chacun de mes séjours, la vulve géante se
réveille, j’imagine, je vois le globe terrestre avec ses milliers de vulves en
feu.
Et je fais le tour du monde avec mes déclaractions et autres démonstractions.
J’essaie de faire oublier l’inquisition qui a mis au feu tous ces secrets et le
monde contemporain gouverné par des gens de la même religion

Cahier de la cinquième feuille n°5
(1er avril 2005)
À la recherche des représentations de la vulve à travers les cultures et à
travers le monde et dans ce cahier j’essaie de faire parler les bouches, toutes
les bouches et de parler leur langue et toutes les langues.
À partir des gravures des vulves aurignaciennes, je réinvente des rites, des
cérémonies, des chants, l’avant-garde de la fin du xxe et du début du xxie
siècle qui a réinventé le rapport aux gestes, au corps, aux cris et à la voie
retrouve ses sources.
Sans doute, une fois encore, une fois de plus, je me trompe… mais sait-on Jamais
?
Peut-être de temps à autre, je tombe juste, vrai.

Cahier de la cinquième feuille n°6
Chez l’éditeur.

Cahier de la cinquième feuille n°7
En cours, sur mon ordinateur.

Cahier de la cinquième feuille n°8 Préparation à la caza d’oro au Mas d’Azil.

Mais chaque fois que tel savant, tel guide
me montre la tête d’un équidé
j’avais vu
avant sa (dé) monstration
à la place de la bouche de l’animal une
vulve
absolument parfaite et belle
quant il s’agit de la bouche d’un âne.
(voir page 6 du N°5)

À ce jour, le corpus de
l’Écriture Originelle
intitulé
Les Cahiers de la cinquième feuille
comporte :

Carnets(s) de piste ou Retour de déplacement
Éditions Jacques Clauzel
Gallargues-le-Montueux (1993)

du sorcier de V. au magicien de M.
Éditions Roger Pailhas - Marseille (1998)

La Cinquième Feuille
Éditions NèPE - Ventabren (2000)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 1
Éditions Al Dante - Paris (2001)

La 5e Feuille ou la fabrication de l’incantation
C.D. audio Éditions DCC - K’A et trAce Label - Paris (2001)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 2
Éditions Al Dante - Paris (2002)

œ ? æ
art scarpulin - Merano (2003)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 3
Éditions Al Dante - Paris (2003)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 4
Éditions Al Dante - Paris (2004)

Les Cahiers de la cinquième feuille no 5
Éditions Al Dante - Paris (2005)

(Y)
Eos magazine - Milan (2005)

Julien Blaine

accroche 1

Vendredi 26 octobre 2007 à 18h30
Au Parc de la Préhistoire à Tarascon sur Ariège

Débat entre Julien Blaine, poète-performeur-artiste plasticien et Jean Clottes, préhistorien.

C’est tout honoré que Caza d’Oro et le village du Mas d’Azil reçoivent cet automne Julien Blaine, poète-performeur-artiste plasticien. Précisons qu’il est invité à participer au fameux projet “préhistoire-art contemporain, la grotte ornée-le lieu” qui réunit entre autres Caza d’Oro, résidence d’artistes le Musée des Abattoirs de Toulouse et le Centre d’ Interprétation de la Préhistoire de Tarascon-sur-Ariège ; et qui s’insère à “Inventer le Présent” programme d’expositions et d’événements organisé sur deux ans par le Réseau Régional d’Art Contemporain. Une manière significative de valoriser la dynamique et l’identité de notre territoire d’Ariège en la Région, de faire rayonner notre patrimoine et la création contemporaine y puisant toute son inspiration notamment en nos grottes ornées.
Après avoir étudier depuis plus d’une dizaine d’années l’écriture de l’ Aurignacien supérieur, il paraissait évident pour Julien Blaine de pouvoir étudier, comme il le précise non dénué d’humour, “l’art et l’ écriture contemporaine” ! C’est à dire l’art Magdalénien et Azilien et ce, à partir du fameux “Faon aux Oiseaux” propulseur qui n’est très certainement pas inventé, selon lui, que pour lancer des traits ; à partir de cette “tête de cheval” trouvée dans la grotte qui n’a pas été sculptée que pour hennir ; et à partir de ces “galets peints” qui sont à l’égal des mains positives ou négatives
inscrites sur les parois des grottes ou des abris sous roche…Et qui, s’il ne peut les décrypter, lui feront au moins laisser venir des intuitions, comme il l’a fait pour des périodes préhistoriques précédentes… ses recherches seront peut-être retranscrites en des écrits, objets et œuvres d’art, vidéos, performances, disques.

Julien Blaine est né en 1942 en Provence, on peut retrouver son oeuvre édité en librairies. Vous pourrez d’ailleurs si vous le souhaitez le rencontrer et l’entendre vendredi 26 octobre 2007 à 18h30 au Parc de la Préhistoire de Tarascon-sur-Ariège pour un débat public extraordinaire avec Jean Clottes, illustre préhistorien .
Souhaitons donc à monsieur Blaine une belle aventure humaine et artistique en nos terres d’Azil et bien entendu d’Ariège.

Pages suivantes »