Actuellement en résidence : JC POLIEN
L’apparente franchise et la simplicité de l’oeuvre de John Isaacs laissent transparaitre une sensation de malaise et d’anxiété, indiquant que notre vie moderne et ses conceptions ont quelque chose de faussé, de disjoncté, de déséquilibré. à l’instar du surréalisme de David Lynch dans « Blue Velvet », maints travaux de John Isaacs semblent suggérer que si l’on gratte un peu la surface de la réalité conventionnelle, on tombera sur des vers grouillants – un monde de vérités sordides et inconfortables, refoulé sous la pellicule plastique recouvrant notre monde pré-emballé et édulcoré. Jouant avec les extrêmes et les tabous de la norme contemporaine, l’art d’ Isaacs révèle un certain nombre de vérités désagréables dont nous sommes tous conscients selon lui, du moins dans une certaine mesure.
On peut dire qu’Isaacs est une sorte de moraliste des temps modernes faisant appel à notre sentiment collectif de culpabilité par rapport à la discordance entre la réalité du monde et ce que nous voudrions qu’il soit. Nous savons tous que ce monde ultra-rapide, ambitieux, fonctionnant à renfort de giga-octets, de gros sous, d’inflation boursière et de Broadway boogie-woogie est aussi un monstre s’empiffrant de fast-food, esclave de la consommation, dévoreur de ressources, pollueur de l’atmosphère, empoisonneur de la terre et bourré de Prozac, qui a perdu tout controle. L’allure déprimante à laquelle le monde naturel se dégrade nous est ressassée tous les soirs au journal télévisé. Mais contrairement aux messages du festin de Belshassar, ce genre d’inscriptions murales semble avoir perdu le pouvoir de choquer pour devenir une forme bizarre et quelque peu masochiste d’info-divertissement. Nous savons tous que la moitié du monde meurt de faim tandis que l’autre moitié fait régime, que nous produisons annuellement assez de nourriture pour le monde entier, et qu’il est plus couteux de l’entreposer et de la détruire que de la distribuer. Nous vivons dans une ère de contradictions tellement flagrantes que nous en sommes arrivés à accepter ces déséquilibres et ces injustices grotesques avec une réticence désabusée. L’indignation morale devant l’état actuel de la planète ne semble guère durer, juste le temps de s’habituer à l’idée que l’humanité en tant qu’espèce est impuissante à modifier d’une quelconque facon l’apparente fatalité de son évolution auto-destructrice.
John ISAACS a gardé de sa formation scientifique (biologie de l’évolution) un goût affirmé pour l’exploration et la compréhension des profonds mystères de notre existence. De même qu’une méthodologie basée sur l’observation, la dissection et l’explication. En tant qu’artiste, il a développé une conscience aiguë et sans concession de ce qu’il pouvait y avoir de faussé, de disjoncté, ou de déséquilibré, dans la vie moderne. Jusqu’à considérer que la science était en train de prouver qu’elle n’avait rien de scientifique et qu’elle pouvait aussi n’être qu’une idéologie douteuse parmi d’autres. C’est pourquoi son art se glisse dans la matrice, souvent amnésique, de notre conscience, jusqu’à parfois laisser transparaître une sensation de malaise et d’anxiété face à notre incomparable capacité d’autodestruction. Mais John ISAACS considère aussi que l’art est une forme d’espoir dans la mesure où il représente l’une des disciplines les moins exclusives pouvant être utile pour nous aider à revoir nos perceptions et nos conceptions du monde.
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