Actuellement en résidence : JC POLIEN
Ursae Lacrimae
Art Orienté objet (Laval-Jeant et Mangin), 2010
Le culte de l’ours était de la préhistoire jusqu’au XIIIe siècle si fort dans les régions boisées et montagnardes de France, que l’église catholique dut mettre en place la rétribution des montreurs d’ours pour amoindrir, en exposant son humiliation, l’admiration populaire qu’il suscitait. Depuis, la présence de l’ours n’a cessé de reculer dans les régions françaises, jusqu’à la très polémique disparition du dernier ours de souche pyrénéenne, Cannelle, tuée dans la vallée d’Aspe le 1er novembre 2004.
Naturellement, on a trouvé dans la grotte du Mas d’Azil, ainsi que dans ne nombreuses grottes de la région, dont Pech Merle, des ossements d’ursidés assez nombreux. On peut supposer qu’ils témoignent de la présence d’ours morts en période d’hibernation, mais il est aussi vraisemblable qu’ils s’agissent d’os conservés votivement par l’homme du néolithique. A l’entrée de la grotte, une médium récemment invitée à la visiter y vit dévaler une apparition d’ours, et le sentiment étrange de la présence de cet animal noble m’a prise à la gorge quand je tentais d’évoquer les lieux mentalement.
Ursae Lacrimae, « les larmes de l’ourse », volontairement traduit en latin, est une œuvre qui met en scène un rituel de réparation à l’égard de l’ours devenu indésirable à l’homme moderne. La fontaine de larmes lumineuses traverse la figure d’un pénitent sur sa gauche et d’un chaman sur sa droite. Cet ensemble d’objets votifs est censé fixer l’attention du spectateur dans une observation hypnotique, propre à se laisser prendre par la litanie vocale qui passe de la voix de l’homme à celle de l’ours (prononcé dans 10 langues différentes), et qui n’est autre qu’une invocation chamanique pour entrer en contact avec l’esprit de l’animal.
MLJ
Biographie
Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin se sont réunis en 1991 pour créer le groupe Art Orienté objet (AOo).
Leur démarche met l’écologie, comprise comme la science interrogeant nos conditions d’existence, au cœur de leur démarche artistique. Ils travaillent l’installation, la performance, la vidéo et la photographie autour du thème du Vivant. Cette attitude les conduit à aborder aussi bien la biologie que les sciences du comportement (psychologie et éthologie), l’écologie autant que l’ethnologie dans des créations poétiques et inattendues, autant politiques que visionnaires.
Depuis une vingtaine d’années, AOo nous invite à réfléchir sur un sujet crucial : la valeur des relations de l’homme et de son environnement, le rôle qu’il y tient, la place qu’il a voulu prendre. La figure de l’animal est omniprésente dans leur travail : ce n’est pas tant pour illustrer sa condition souvent mise à mal, mais bien plutôt parce qu’il représente à leurs yeux la figure exemplaire de l’altérité, de l’Autre absolument
Parce que l’environnement se révèle être pour eux un vaste champ d’expérimentation, et qu’ils possèdent les outils des anthropologues, des éthologues ou plus généralement des chercheurs, leur travail interroge notre existence et en révèle les contradictions. Ainsi ils n’ont pas peur d’expérimenter eux-mêmes dans une nécessaire prise de risque : ramasser des plumes d’oiseaux possiblement contaminés par la grippe aviaire, tenter de communiquer munis d’un casque à bois avec des cerfs sauvages, recevoir du sang animal… bref aller à la rencontre physique et émotionnelle de ce tout-autre.
En quelque sorte, AOo participe ainsi à l’un des questionnements les plus importants de notre époque : celui de la redéfinition des frontières de moins en moins tangibles entre les domaines de l’humain, de l’animal et de la technologie.
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